Quand je propose à des enseignants de mettre en place un tableau de récompenses pour changer le comportement d’un élève, je rencontre souvent deux types d’objections : « j’ai déjà essayé, ça n’a pas marché », ou « je ne veux pas acheter son bon comportement ! ».
Dans cet article, je m’adresse aux enseignants qui sont d’accord avec le principe des tableaux de récompenses, mais qui trouvent que cela ne marche pas, ou peu. Pour les autres, j’écrirai bientôt un article où j’explique pourquoi je les utilise. En attendant, voici une vidéo de 3 minutes où Frank Ramus résume bien sa vision de la chose, que je partage à 100%.
Qu’est-ce qu’un tableau de récompenses ?

Concrètement, un tableau de récompenses, c’est un petit tableau visible (une affiche, une ardoise, une fiche plastifiée…) sur lequel l’élève gagne une étoile, un point, un jeton ou une gommette chaque fois qu’il réussit le comportement visé.
Toutes les étoiles de la journée (ou de la semaine) lui permettent ensuite d’obtenir une petite récompense : un privilège choisi avec vous, un moment particulier, un bravo à ramener à la maison… L’enfant voit donc ses réussites s’accumuler sous ses yeux, ce qui le motive et l’aide à se projeter.
On appelle aussi ce système « tableau de renforcement » ou « économie de jetons » chez les professionnels du comportement, mais le principe reste le même : on rend le bon comportement concret, visible et gratifiant.
Le principe derrière les tableaux de récompenses
Récompenser un comportement est une façon très efficace de le rendre plus fréquent. Quand on récompense un comportement qui remplace un comportement qui dérange, le comportement qui dérange diminue car le comportement adapté prend sa place.
Concrètement, si vous voulez qu’un élève reste assis pendant le regroupement et que vous n’avez le temps de mettre en place qu’une chose, vous obtiendrez de meilleurs résultats si vous le récompensez quand il reste assis que si vous le punissez quand il se lève.
Le principe est simple, la mise en pratique demande de la rigueur. Pour faciliter la lecture, je vais prendre l’exemple donné ci-dessus. Donc quand je parle de « rester assis », vous pouvez le remplacer par tout autre comportement que vous voulez voir chez un élève, et quand je parle de « se lever », vous pouvez le remplacer par tout autre comportement que vous voulez diminuer. Et quand je parle d’étoile, vous pouvez remplacer par un point, des jetons…
Les erreurs les plus fréquentes quand on met un place le tableau de récompenses
- On vise un comportement trop flou, type « être sage au regroupement ». Il faut que ce soit très clair pour l’enfant ce qu’on attend de lui : « tu dois rester assis, sans parler aux copains et sans les toucher ».
- On vise un comportement trop difficile pour l’enfant ou une durée trop longue. Rester assis sans bouger peut être beaucoup trop pour un enfant qui ne tient littéralement pas assis. Commençons par « rester assis sans toucher les copains », mais en lui permettant de bouger ses jambes par exemple. Il m’est arrivé de récompenser au bout d’une minute assis, pour augmenter la durée progressivement. Il est indispensable que l’élève réussisse les premières fois, donc il vaut mieux viser « trop facile » et augmenter progressivement ce qui est demandé que de viser trop haut et voir l’enfant démotivé car il n’obtient pas les récompenses.
- On n’explique pas le fonctionnement du tableau à l’enfant, ou on oublie de faire des rappels. Pour que le tableau motive l’enfant, il doit en comprendre le fonctionnement, et y penser. Donc on explique à l’enfant que le tableau est là pour l’aider à respecter cette règle, et qu’on a confiance en lui, on sait qu’il peut le faire. On lui explique très clairement ce qu’il doit faire pour obtenir une étoile, quand il aura l’étoile, et ce qui se passe quand il a X étoiles dans la journée et/ou dans la semaine. Puis, avant chaque regroupement, on lui dit « souviens-toi, on reste assis sans toucher les copains, je suis sûre que tu peux le faire ! ».
- La récompense proposée n’est pas assez motivante pour l’enfant. Normalement les étoiles fonctionnent assez bien avec les jeunes enfants si elles sont données de suite, avec un sourire et un compliment « tu as tenu une minute assis, je suis fière de toi! Voici ton étoile ». Parfois les mettre sur son pull, pour qu’il puisse les porter fièrement, peut aider aussi. On peut rajouter : « si à la fin de la journée tu as 3 étoiles, je t’en donne un 4e encore plus grande à ramener à la maison ! », ou encore un privilège « quand tu auras 5 étoiles, tu pourras choisir une chanson que tu aimes pour le regroupement ». Pour un élève de MS particulièrement perturbateur, on avait aménagé un temps de jeu le vendredi dans la classe « des grands » s’il avait obtenu assez d’étoiles dans la semaine.
- On ne donne pas la récompense car l’élève a eu un autre comportement inapproprié. L’enfant a réussi à rester assis au regroupement, mais en se levant il pousse un camarade qui tombe par terre, et on se dit « je ne vais quand même pas lui donner une étoile ! ». Mais si, il faut la donner car le comportement approprié a eu lieu. Cest là qu’on comprend l’importance de donner l’étoile aussi rapidement que possible !
- On abandonne trop vite. L’objectif est de progressivement changer le comportement de l’enfant pour qu’il soit plus adapté au cadre de la classe. Il s’agit d’un processus, avec des hauts et des bas. Sachez aussi qu’il est fréquent que le comportement s’aggrave temporairement au début de la mise en place : voyant que son comportement habituel ne « fonctionne » plus comme avant, l’enfant peut redoubler d’efforts quelques jours avant de s’adapter. Ce phénomène, appelé « extinction burst », est un signe que le processus est en train d’agir, pas qu’il échoue. Donnez-vous deux semaines d’utilisation constante avant de tirer des conclusions.
- On enlève le tableau trop brusquement, ou on oublie de remplacer les étoiles par des renforçateurs sociaux. Une fois qu’on n’a plus besoin du tableau, il est très important de diminuer son utilisation progressivement et de façon intermittente (par exemple une réussite sur deux, puis une sur trois), et on continue à renforcer le comportement avec des sourires, des remerciements « merci de rester assis, j’ai passé un bon moment au regroupement avec toi », de la valorisation « oh Noa est super bien assis, bravo à lui ».
- On oublie de se mettre tous d’accord, ou on ne fixe pas une durée déterminée pour le tableau. Tenir un tableau de récompenses représente une charge de travail supplémentaire dans une journée déjà très chargée. Il est important que toutes les personnes qui interviennent dans la classe soient au minimum d’accord avec son utilisation, au mieux qu’elles vous aident. Savoir qu’on s’y tient pendant deux semaines puis qu’on « fait le point » peut nous aider à vraiment nous y tenir, et la constance est primordiale pour que ça fonctionne.
- On oublie de penser à la fonction du comportement pour l’enfant, ou à ce qui le renforce. Si l’enseignement et le renforcement du comportement adapté ne suffisent pas à faire diminuer le comportement inadapté, il est temps de vous demander quelle fonction ce comportement a pour l’enfant : est-ce qu’il se lève tout le temps pour attirer votre attention ? Ou l’attention des camarades ? Est-ce une difficulté d’inhibition que vous retrouvez à d’autres moments, ou un besoin profond de bouger ? Avez-vous le sentiment qu’il cherche à vous provoquer, ou à tester les règles ? Une analyse de la fonction du comportement n’est pas nécessaire à chaque comportement inadapté de chaque élève de la classe, mais c’est une question à se poser quand le protocole « de base » n’a pas marché. Je consacrerai un article plus approfondi à ces questions.
- On croit que le tableau suffit à lui seul. Si un tableau ponctuel pour adresser un comportement spécifique peut être efficace, il doit trouver sa place dans un système qui regroupe un cadre clair, un enseignement explicite des comportements attendus, des gestes de prévention, des renforcements très réguliers des comportements adaptés, et des conséquences (ex. retrait d’un privilège de façon calme et prévisible) pour les comportements qui dérangent.
Quelques règles d’or du tableau de récompenses
- Un comportement précis, décrit positivement, et faisable par l’enfant.
- Le fonctionnement est clairement expliqué à l’enfant, et on s’y tient scrupuleusement.
- Une étoile à chaque réussite, une mini récompense le soir si plus de X étoiles dans la journée, et une chouette récompense en fin de semaine si X étoiles dans la semaine.
- Un cadre d’observation donné, par exemple « pendant le regroupement du matin et du début d’après-midi ». Cela vous évite de devoir y penser toute la journée.
- Une temporalité prédéfinie : on le fait pendant 2 semaines avant de faire le point.
- Pas plus de 2 tableaux à la fois pour la classe, il faut que ça reste gérable pour vous.
Pour aller plus loin
Vous voulez vous lancer ? Pour vous aider à démarrer dans de bonnes conditions, j’ai préparé des exemples de tableaux de récompenses prêts à télécharger, à adapter selon le comportement ciblé et l’âge de vos élèves : tableaux de récompenses. Vous verrez qu’il n’y a pas de place pour indiquer le prénom de l’élève, c’est intentionnel. Si vous affichez le tableau en classe pour avoir facilement accès, je vous conseille de le faire de façon discrète et anonyme, d’autant plus si des parents rentrent régulièrement dans votre classe.
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