Dans une classe de maternelle, l’énergie et l’excitation montent vite. Parfois c’est très joyeux mais un peu trop bruyant.  Parfois des frustrations ou disputes commencent à se multiplier. 

Apprendre à nos élèves à réguler leurs émotions est un puissant levier pour retrouver un peu de calme, et ainsi favoriser le bien être de tous et les apprentissages

Dans cet article nous abordons la régulation émotionnelle en maternelle en trois étapes:

  1. Définition de régulation et co-régulation émotionnelle, pour savoir de quoi on parle.
  2. Concrètement, ce qu’on peut faire en classe pour aider nos élèves à réguler leurs émotions
  3. L’importance de l’auto-régulation de nos émotions.

Régulation et co-régulation émotionnelle

La régulation émotionnelle, c’est notre capacité à agir sur nos propres émotions.

La co-régulation émotionnelle, c’est quand on le fait à deux, ou à plusieurs.

C’est en partie un processus automatique, où l’état émotionnel des uns influence l’état émotionnel de ceux qui l’entourent. Cela explique pourquoi un enseignant calme et posé va “transmettre” cet état d’esprit à ses élèves. Et pourquoi il est si difficile de rester calme et posé face à une classe agitée et bruyante.

Mais c’est aussi un processus volontaire, où nous pouvons accompagner une personne dans la régulation de ses émotions. Cela se fait en régulant nos propres émotions, et/ou à travers des actions ciblées qui vont aider l’autre à réguler ses émotions. 

Concrètement, comment faire?

Les élèves de maternelle ont très peu de connaissances sur les émotions et sur ce qu’ils peuvent faire pour agir dessus. Leur cerveau encore en développement est aussi moins équipé que le nôtre pour gérer les situations d’émotion forte. 

Nous allons donc agir sur ces deux points: leur apprendre ce qu’est une émotion, mais aussi leur apprendre comment les réguler. 

Leur expliquer comment fonctionnent les émotions 

Prendre le temps d’expliquer aux enfants que, quand on ressent une émotion très forte, il est difficile de réfléchir à ce qu’on doit faire, on fait les choses sans y penser et sans toujours réussir à penser aux autres. Mais aussi leur expliquer qu’il y a des choses qu’on peut apprendre à faire pour nous aider à retrouver un peu de calme. Il me semble très important de transmettre à l’enfant l’idée qu’il a un pouvoir sur une partie de ses émotions. 

Voici une belle vidéo qui peut vous aider à aborder le sujet en classe: Le cerveau dans la main.

On apprend encore peu aux enfants qu’ils ont un pouvoir sur leur état émotionnel. On admet assez naturellement que les enfants sont “submergés par leur émotion” et “ne peuvent pas la contrôler”. Si cela est vrai parfois, la plupart du temps les enfants sont dans des état émotionnels moins marqués, et c’est en s’entraînant qu’ils vont apprendre à réguler leurs émotions… et les comportements qui vont avec. 

Des techniques de régulation émotionnelle pour quand ça monte 

  • En faisant avec eux: faire une pause et prendre trois longues respirations, avec un élève ou avec toute la classe, c’est ultra simple et incroyablement efficace. L’important ici est de faire avec eux. Non seulement cela leur apprend à le faire, mais ça va agir sur notre propre état émotionnel aussi. 
  • La respiration est encore un peu “abstraite” pour beaucoup d’élèves en maternelle, passer par des mouvements de corps est alors très efficace: “la respiration du 
  • En modelant la régulation émotionnelle. J’ai souvent arrêté un regroupement pour dire “Oh la vous parlez dans tous les sens, sans s’écouter, cela me stresse. Je vais respirer profondément et compter jusqu’à 10 pour retrouver mon calme”. Cela prend littéralement 15 secondes, me permet de retrouver mon calme, et bonus, beaucoup d’enfants le faisaient automatiquement avec moi…

Des techniques dans le quotidien de classe

Au-delà de ces utilisations “en urgence”, quand on a besoin d’aider des élèves à retrouver un état plus calme de suite, il peut être très utile d’incorporer ces techniques à notre quotidien

  • On peut commencer tout regroupement par 3 grandes respirations
  • On peut faire quelques étirements, rotation de tête ou d’épaules ensemble avant de partir en ateliers: ça détend les muscles et les esprits, et aide tout le monde à focaliser l’attention. 
  • On peut fermer les yeux et écouter une musique douce pendant une minute en retour de récréation. Si on sent que le groupe est trop agité pour cela, leur proposer d’écouter un morceau doux en bougeant sur le rythme, puis baisser le son petit à petit jusqu’à arriver à un état presque immobile, et respirer un grand coup. 

Ces ritualisations ont deux avantages: 

  • Ils vont détendre l’ambiance et les esprits petit à petit, avant que ça ne monte trop. Quand on prend soin de dire à notre cerveau “tout va bien, relax” plusieurs fois par jour, un état d’esprit de base plus serein peut s’installer, et au niveau de toute une classe, cela change la donne. Prévenir est plus simple que corriger!
  • Les élèves prennent l’habitude, ils apprennent à se détendre en bougeant leur corps ou en prenant des grandes respirations. Cela leur sera utile en moment de “crise”; à l’école comme ailleurs.  

C’est d’autant plus vrai si on explique clairement ce qu’on fait et pourquoi: “On va écouter une musique douce parce que, en rentrant de la récréation, c’est normal que votre corps et votre cerveau soient très agités. Pour pouvoir nous concentrer en classe, on a besoin de les aider à se poser un peu… alors on va écouter la musique et bouger de plus en plus doucement, pour dire à notre cerveau que ça y est, on s’est bien amusés en courant, maintenant on est dans la classe, il faut se poser un peu…”

De l’importance de l’auto-régulation de nos émotions

Ces techniques sont toutes importantes et efficaces, mais le levier principal pour aider vos élèves à réguler leurs émotions est de… réguler les nôtres! Nous sommes l’adulte dans la classe, nous avons un cerveau pleinement développé, et nous avons la responsabilité du bien être et des apprentissages dans notre classe. Alors prenons soin de nous, choisissons les techniques qui fonctionnent pour nous, et appliquons les.  

Et quand on perd le contrôle, que ça explose en classe, on se ressaisit. 

  • On respire dès qu’on peut, on retrouve un tant-se-peut état de calme. 
  • On s’excuse si on a eu des comportements inappropriés (“je n’aurais pas dû crier comme ça, je m’excuse”). 
  • On rappelle nos besoins “quand je sonne la cloche, j’ai besoin que vous arrêtiez votre jeu et que vous rangiez, même si vous n’en avez pas envie. C’est la règle dans notre classe, et cela est très frustrant pour moi quand vous ne la respectez pas”.). 

Et c’est reparti. On a modelé un retour au calme, le fait qu’on peut tous se fait prendre par nos émotions, l’importance d’assumer ses responsabilités, et on a fait un rappel de la règle sans porter jugement sur les enfants. Que du beau chemin parcouru ensemble avec nos élèves!

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